Résidence de création – Centre AdMare

Du 10 au 30 mai dernier se déroulait ma résidence de création avec AdMare, le centre d’artistes des Îles-de-la-Madeleine, au terme de laquelle j’ai présenté le fruit de mes expérimentations dans l’espace Colis suspect, situé dans l’aéroport de l’archipel.

Photo de touriste classique des falaises de grès rouge du Cap Alright

Mon séjour a débuté avec une semaine de repérage et de récolte. J’ai exploré différents secteurs de l’archipel à pied et à vélo pour m’imprégner de ses singularités, prendre des images et des échantillons. Sur le terrain, j’ai été naturellement attirée par les formes et couleurs des différentes formations géologiques de la région, la végétation sculptée par les éléments, et aussi par les rehauts colorés des équipements de pêche ornant le paysage. J’ai pu passer une journée en compagnie des bénévoles de la Coop La Machine pendant laquelle nous avons trié des textiles usagés destinés à l’exportation vers la chaîne de magasins Renaissance sur le continent. J’ai pu faire le plein de matière première dans les vêtements retirés du lot en raison de leur mauvais état, et qui auraient normalement terminé leur parcours utile au site d’enfouissement d’Havre-aux-Maisons. J’ai ensuite mis en place mon espace de travail dans la shed adjacente à la maison d’accueil.

Triage des textiles ammassés lors de la Chasse au Linge
Crédit photo: Antonin Monmart (2026)

Faisant office d’atelier, de menuiserie, de chantier naval, de garage, ou simplement de lieu de rassemblement, les sheds occupent un rôle crucial dans la culture des madelinots. Une fois installée dans cet espace tout indiqué pour vivre une expérience de création en adéquation avec le mode de vie local, j’ai finalement pu commencer à désassembler les items récoltés pour en extraire des morceaux de tissus prêts à être utilisés dans la réalisation de mon installation.

Images macro prises lors de sorties de résidence avec Bruno Savary

J’ai débuté ma deuxième semaine en compagnie de Bruno Savary, biologiste pour l’organisme Attention FragÎles, avec qui j’ai pu me rendre dans un milieu floristique abritant des espèces rares, comme le minuscule corème de Conrad en pleine floraison pendant mon passage. J’ai pu y prendre des images avec ma caméra macro, et Bruno a capturé la vue de la mosaïque végétale vue des airs grâce à un drone. De retour à la shed, j’ai poursuivi la réalisation de la structure interne de l’installation textile à partir de carton et de bois récupéré sur l’archipel. J’ai souhaité lui donner un relief rappelant à la fois les  »buttes » qui abondent à Havre-aux-Maisons et une rampe de motocross, une activité populaire dont la présence n’a pu faire autrement que de déteindre sur ma production. En assemblant différents volumes de textile rembourrés, j’ai peu à peu composé un  »paysage » inspiré de plusieurs moments clés de mon exploration sur le terrain: les quenouilles et les pâturages vert pur en pleine renaissance printanière, les sillons millénaires d’Havre-aux-Maisons, le tapissement multicolore du paysage vu par l’oeil du drone de Bruno, et les différents escarpements côtiers qui accompagnent la plage.

Travail de création dans la Shed.
Crédit photo: Antonin Monmart (2026)

Pensé spécifiquement pour l’espace de Colis suspect, l’installation visait à transformer la vitrine en un échantillon de tissus immense prélevé sur un méga organisme, qui existerait à mi-chemin entre créature et paysage. La vue transversale de cet  »échantillon » a été grandement influencée par les récits de la prise en charge des immenses carcasses de baleines échouées sur l’archipel au cours des dernières années: chaque côté de la vitrine révèle un pan imitant les strates d’un épiderme géant, où j’ai utilisé un textile pelucheux couleur beurre afin de dessiner les cellules adipeuses d’une couche de graisse inspirée de l’anatomie des mammifères marins. Les tons de terre rouge, de pourpre et de rouge des autres strates complètent la représentation, en rappelant aussi les flans de grès rouge caractéristiques de l’archipel.

Travail nocturne dans la Shed
Montage de la structure dans l’espace Colis suspect.
Crédit photo: Josée Lapierre (2026)
Crédit photo: Antonin Monmart (2026)
Installation finale dans l’espace Colis suspect dans l’aéroport des Îles-de-la-Madeleine
Crédit photo: Antonin Monmart (2026)

Il sera possible de visiter Biopsie macrodermique jusqu’au 3 octobre 2026 à l’aéroport des Îles-de-la-Madeleine selon les heures d’activité et l’arrivée de vols.

Je tiens à remercier Em Thibault, Josée Lapierre et Laurène Janowsky, les merveilles de l’équipe d’AdMare, pour leur accueil et leur accompagnement; Antonin Monmart pour son habile documentation photographique; mes colocataires artistes Christine Comeau et Julie Roch-Cuerrier pour les bons moments partagés au cours de nos résidences juxtaposées; Mélanie Plourde et les bénévoles de la Coop La machine pour leur aide précieuse dans la récolte de matériaux lors de la Chasse au linge; ainsi que Bruno Savary pour son accompagnement généreux dans différents écosystèmes uniques des Îles. 
Ce projet a également reçu le soutien financier du Conseil des arts et des lettres du Québec.

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